HUA JIN

Forces invisibles / Invisible Forces

 10-28 - 11-14

Commissaire / Curator : Iris Amizlev

 

 

Lieu : Projet Casa

4351, rue de l'Esplanade, Montréal

Heures d'ouverture : du mercredi au samedi

de 12:00 à 18:00

 sur rendez-vous seulement (3 pers/30 min.)

https://www.eventbrite.com/e/126273903645

Pour en savoir plus / More info: HUA JIN

©Hua Jin, 05/22/20 (Tree Reflection),2020, trois éléments de 76,2 x 50,8 cm (30 x 20 po) ch.

Communiqué de presse / Press release

 

Forces invisibles

 

(English follows)

Depuis l’apparition de la pandémie de coronavirus, Hua Jin a régulièrement eu l’occasion de trouver du réconfort dans l’isolement de la campagne. Pour une artiste profondément liée à la nature, le fait de passer quelques mois entourée d’un paysage inspirant a eu un effet heureux en lui accordant le privilège de se concentrer sur sa création artistique. Le confinement de Jin lui a donné la liberté d’explorer de vastes étendues, presque à l’infini ; envoutée, elle fut transportée dans un voyage introspectif, documentant le décor tout en se livrant à des méditations sur les lieux. 

 

Consciente de la bénédiction de son isolement dans une telle splendeur, Jin s’est sentie interpellée à partager l’effet caressant que la nature prodiguait sur son âme. Elle a donc débuté un projet en cours — un journal visuel — qui se double du rituel quotidien de la mise en ligne de photographies et de vidéos sur les médias sociaux. La tranquillité et le recueillement de cette période ont suscité un processus créatif parallèle, lui inspirant de courts textes — réflexions et affirmations — qui accompagnent ces contributions. 

 

À travers le viseur de Jin, celles et ceux qui la suivaient en ligne ont pu se délecter des beautés ainsi révélées tout en se liant à l’artiste, réuni•es par les fils invisibles qui ont exposé son être. Ces publications n’ont pas fait qu’apporter espoir et guérison pendant cette période d’instabilité, elles se voulaient rassurantes ; car même si le monde était, et est toujours, tenu en captivité par un virus, la nature a continué d’enchaîner ses cycles, seules constantes immuables. Tandis que le jardin à la campagne s’épanouissait, partageant ses richesses, les plantes d’intérieur de l’artiste languissaient seules en ville, abandonnées à leur sort. Jin a su capter leur mort pour pleurer les pertes, devenues symbole de la fragilité de la vie et représentation de cette période critique. 

 

Jin observe le monde naturel avec curiosité, cherchant à percer les mystères qu’il renferme. Fascinée par les systèmes cachés qui propulsent ses rythmes temporels, tels ceux qui guident la migration des oiseaux, l’éclosion des fleurs et autres transitions qu’apportent chaque heure, jour, semaine et mois, elle imprègne ses œuvres de l’effet de ses révélations. En collaborant avec ces forces, elle documente les variations provoquées par les changements de lumière et de conditions atmosphériques qui sont elles-mêmes transformées par le passage du temps. Les scènes qui composent son journal visuel immortalisent des moments précis et aigus de ces phénomènes : lorsque des vagues soyeuses scintillent de leurs reflets dorés et que les nuages sont teintés de magenta, lorsque la lune peut être saisie et encadrée par des ombres ou lorsque le ciel et l’air sont palpables. Les effets sont à la fois sculpturaux et picturaux — l’eau, les plantes et les nuages deviennent des matériaux aussi bien que des sujets.

 

Les prouesses de Jin transforment deux dimensions en vérités tangibles et en expériences sensorielles. Les images sans frontières s’étendent au-delà des cadres ; les horizons se fondent les uns dans les autres ; le ciel, la terre et l’eau ne faisant plus qu’un. Le mouvement est soit suggéré par les réflexions des arbres qui ondulent sur l’eau et le vol des oiseaux ou encore par des ensembles de photographies présentés en séquence, amplifiant une impression de flux. Des tirages flous et indistincts intensifient notre implication dans le déchiffrage du sujet visé par l’image, ce qui évoque le caractère indomptable et énigmatique des éléments constitutifs de la nature et de ses sphères regorgeant de merveilles.

 

Iris Amizlev - Commissaire

Commissaire indépendante et historienne de l’art, Iris Amizlev est diplômée d’un doctorat en histoire de l’art et en anthropologie et d’une maîtrise en histoire de l’art de l’Université de Montréal. Elle détient également un baccalauréat en beaux-arts de l’Université Concordia. Elle a auparavant travaillé dans les services de la conservation du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) et de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), Amizlev a dirigé le programme des Guides bénévoles, à la division de l’éducation et du mieux-être, et a agi à titre de commissaire invitée dans la réalisation de l’aile Stéphan Crétier et Stéphany Maillery pour les Arts du Tout-Monde, en 2019. Elle est actuellement conservatrice des arts interculturels au MBAM. Amizlev est spécialisée dans le Pop, le Land et l'art contemporain et a participé à plusieurs expositions, notamment Parcourir le paysage et Serial Pop (2003, MBAC), Refus global : 60 ans plus tard (2009, MBAM), Bill Vazan – « Soundings » de la planète bleue (2014, Musée d’art contemporain des Laurentides), Aime comme Montréal (2017, BAnQ) et Des fleurs et des monstres (2019, Galerie d’art Stewart Hall). Amizlev a également rédigé de nombreux articles de recherche pour des publications en histoire de l'art et, l'automne dernier, a vu paraître son premier livre pour enfants : Tout le monde dort, aux Éditions du passage.

 

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Invisible Forces

 

Since the outbreak of the Coronavirus pandemic, Hua Jin had the opportunity to find solace in the seclusion of the countryside on a regular basis. For an artist profoundly connected to nature, spending several months surrounded by an inspiring landscape had a fortuitous effect, affording her the indulgence to concentrate on making art. Jin’s confinement freed her to explore a vast, almost infinite dimension; enraptured, she was transported on an introspective journey, documenting the scenery while luxuriating in meditations on the land. 

 

Cognizant of the benediction of isolation within such splendour, Jin felt compelled to share the effect of nature’s caress on her soul and thus began an ongoing project — a visual diary — and the daily ritual of posting photographs and videos on social media. The tranquility and contemplation of this period stirred a parallel creative process, prompting short texts — musings and affirmations — that accompanied these contributions. 

 

Those who followed her online lived vicariously through Jin’s viewfinder, revelling in the beauty revealed while bonding with the artist, joined together by the invisible threads that exposed her core. These posts not only brought hope and healing during an unstable time, they were also reassuring — even though the world was, and still is held captive by a virus, other cycles of nature continued as reliable constants. But as the country garden flourished, sharing its bounty, her indoor plants languished in the city and suffered the fate of neglect. Jin encapsulated their death to mourn the losses, symbolizing the fragility of life while representing this critical juncture. 

 

Jin observes the natural world with curiosity, seeking to unravel the mysteries within. Fascinated by hidden systems propelling its temporal rhythms, those guiding the migration of birds, blooming of flowers, and other transitions that each hour, day, week and month bring, she imprints artworks with the discovery of her revelations. Collaborating with these forces, she captures the variations instigated by changing light and atmospheric conditions as scenes are transformed by the passage of time, featuring precise moments of enhanced phenomena: when silken waves shimmer with golden hues and clouds are tinted magenta, when the moon can be harnessed and framed by shadows and when sky and air become tactile. The effects are both sculptural and painterly – water, plants and clouds are mediums as well as subjects. 

 

Jin’s prowess renders two dimensions into tangible truths and sensory experiences. Borderless images expand beyond frames and horizons melt into each other, the sky, ground and water merging as one. Movement is either depicted in reflections of trees rippling on water and birds flying or implied through sets of photographs presented in sequence, amplifying a perception of flow. Blurry, indistinct impressions intensify our participation as we read the intended focus and respect the untameable and enigmatic character of nature’s constituents, along with its domains teeming with marvels. 

 

 

Iris Amizlev - Curator

Curator and art historian, Iris Amizlev has a doctorate in Art History and Anthropology and a Master’s in Art History from Université de Montréal as well as a Bachelor’s in Fine Arts from Concordia University. She has worked in the curatorial departments of the National Gallery of Canada (NGC) and the Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Amizlev led the Volunteer Guides program in the Education and Wellness Division at the Montreal Museum of Fine Arts (MMFA) and served as guest curator in the realization of the Stephan Crétier and Stéphany Maillery Wing for the Arts of One World, in 2019. She is currently Curator of Intercultural Arts at the MMFA. Amizlev specialises in Pop, Land and contemporary art and has been involved in several exhibitions, including Walking in the Land and Serial Pop (2003, NGC), Refus global: 60 Years Later (2009, MMFA), Bill Vazan: Soundings from the Water Planet (2014, Musée d’art contemporain des Laurentides), Aime comme Montréal (2017, BAnQ) and Flowers and Monsters (2019, Stewart Hall Art Gallery). Amizlev has also written numerous research articles in art history and, last fall, she saw her first children’s book hit the shelves: Tout le monde dort, published by Les Éditions du passage.