MARTIN DÉSILETS  

J’approfondis les fondamentaux de la photographie et en explore les mésusages. Dans le contexte de la surabondance et de la dématérialisation de l’image, je m’intéresse à des phénomènes ténus, liés au rayonnement et à la matérialité de la lumière, de même qu’aux effets d’un encodage totalisant du réel par le numérique. Je réalise de multiples prises de vues, qui supposent le détournement ou la mise en échec de certains paramètres techniques, ou qui se superposent jusqu’à l’épuisement d’un motif photographié, voire de l’acte photographique lui-même. J’obtiens des non-images, flirte avec le vide et l’indétermination. Dans la minceur du papier, la vibration d’une onde colorée, ou la densité d’une trame, une présence matérielle s’affirme pourtant — et résiste. La photographie devient corps.

 

À partir de deux surfaces monochromes qui se juxtaposent — une en noir, l’autre en blanc — je réalise des prises de vue à l’intérieur et à l’extérieur en utilisant des vitesses lentes et divers mouvements de balayage de l’appareil photographique. Je dépose ces surfaces dans différents lieux, à divers moments du jour et de la nuit, afin d’exploiter au gré du temps les conditions changeantes de la lumière. J’utilise pour ce faire une seule et même balance des blancs, déterminée au tout premier jour du début de la recherche. J’exploite ainsi les différentes températures de lumière pour colorer de manière incidente les noirs et les blancs. La variété des teintes enregistrées par l’appareil photo agit ici tel un révélateur de la lumière d’un lieu et d’un moment, voire un témoin du passage du temps. La lumière incidente, le déplacement de l’appareil et les divers paramètres d’exposition sont seuls à l’origine de la couleur.

J’ai débuté mon parcours d’artiste en tant que peintre, en interrogeant l’héritage de la modernité, plus particulièrement celui de l’abstraction en peinture. Si ma démarche actuelle s’inscrit réso-lument dans le champ de la photographie expéri-mentale, l’émulation réciproque et les rapports parfois conflictuels entre la photographie et la peinture continuent d’alimenter ma réflexion. Mes recherches, comme celles d’autres artistes, participent à une indétermination, voire une expansion de la photographie et de la peinture.

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I delve into the fundamentals of photography and explore its misuses. In the prevailing surfeit and dematerialization of images, I am interested in tenuous phenomena tied to the diffusion and the materiality of light, as well as in the effects of an ever-more totalizing digital encoding of the real. I take several photographs that assume the absence or intentional misapplication of various tech-nical parameters, or that are superimposed on one another to the point of exhausting the photographed motif, or the act of photo-graphy itself. I produce non-images, flirting with emptiness and indeterminacy. And yet, in the thinness of the paper, the frequencies of a colour wave, or the density of a raster, a material presence asserts itself—and resists. Photography becomes a body.

 

From two juxtaposed monochrome surfaces—one black, the other white—I take shots, outdoor and indoor, using slow shutter speeds and various camera panning motions. I move these surfaces around in different places, at different times of day, to explore light conditions as they change. To do so, I use a single white balance setting throughout the entire project, calibrated on the very first day, thus exploiting the various light temperatures as incident colouration of the blacks and whites. The variety of hues recorded by the camera functions such as to reveal the light of a particular place or moment, indeed to bear witness to the passage of time. Colour is generated entirely by incidental light, camera movement, and the different variables of exposure.

9,9 secondes et autres, 2017

4,6 secondes version 1

Martin Désilets Diptyque (deux éléments de 125 x 100 cm) Édition unique 2017