LUCIE ROCHER

M’inspirant d’observations de chantiers de construction urbains, mes installations photographiques explorent les spécificités de ce territoire en transition par des jeux de tensions et d’équilibres formels. Des correspondances se forment entre les photographies, la documentation d’atelier, les matériaux bruts, les supports d’impression, les objets trouvés ou bricolés, les outils ou machines d’apparition qui caractérisent notamment l’histoire du médium photographique et qui influent sur son traitement de la matérialité de l’image. 

 

Que l’impression soit sur papier ou directement sur bois, gypse, mousse isolante ou encore plexiglas, le support est tout autant pour moi un sujet qu’un outil de réflexion ; il me sert à révéler les différentes épaisseurs de mes images qui composeront par la suite mes objets photographiques. Les temps et le lieu où ma pratique prend forme et s’espace, dans l’atelier, le laboratoire et la galerie, se superposent parfois et se croisent souvent dans mes dispositifs. 

 

Ici, les deux œuvres présentées détournent la fonction du cadre de l’image ; celui-ci ne sert plus seulement à circonscrire les limites du sujet photographié. Dans la première, il s’intègre pleinement et absorbe les lignes de composition du sujet représenté : un échafaudage de chantier japonais. Dans la deuxième, le cadre disparaît au profit d’une intervention sculpturale in situ qui donne à l’architecture le pouvoir de s’imposer une seconde fois à l’intérieur de l’image. L’impression sur deux panneaux de bois rappelle la matière du sujet central de la prise de vue ; le renforcement précaire d’une colonne en marbre grâce à un contre-plaqué bon marché. J’ai choisi une mise en espace invitant le spectateur à se déplacer, afin que son point de vue sur l’œuvre soit renouvelé.

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Inspired by observations of urban construction sites, my photographic instal-lations explore the specificities of this transitional territory in plays of tensions and formal equilibriums. Correspondences arise between photographs, studio documen-tation, raw materials, printing mediums, found objects or tinkered contraptions, tools or machines for making things appear that among other things characterize the history of the photographic medium and influence its treatment of the materiality of the image. 

 

Whether the print is made on paper or directly on wood, gypsum, insulating foam or plexiglass, the medium is for me as much a subject as a tool of reflection; it allows me to reveal the various thicknesses of the images of which my photographic objects will in turn be made. The times and place in which my practice takes shape and room, in the studio, the lab and the gallery, are sometimes superimposed and often intersect in my arrangements.

 

Here, the two works shown effect for their part a detournement of the picture frame; the latter is no longer used only to circumscribe the limits of the subject being photographed. In the first one, it is fully integrated and absorbs the lines of composition of the subject represented: a Japanese construc-tion site scaffolding, while in the second one, the frame disappears, making way for a site-specific sculptural intervention that gives architecture the power to impose itself a second time within the image. The latter is now printed on two wood panels, reminding us through this material of the photo’s central subject: the precarious reinforcement of a marble column with cheap plywood. I chose a spatial staging that invites the viewer to move, so as to renew his/her viewpoint on the work.