GEORGE STEEVES

1943 - Né à Moncton, NB. Vit et travaille à Halifax. / Born in Moncton, NB. Lives and works in Halifax, NS.

L'histoire de ma vie est indissociable de l'histoire de ma pratique photographique.

 

Comme pour tous les "Enfants de la violence" (Doris Lessing), l'effet de la Seconde Guerre mondiale et de ses conséquences n'a jamais disparu. La photographie a été une fascination précoce et permanente, dès l’enfance, j’ai eu accès à une chambre noire dans le grenier pour ensuite passer à une chambre noire dans le placard de la réserve à mon adolescence, pour continuer vers une chambre noire sophistiquée à Halifax, fondée en 1974 et toujours en pleine activité 45 ans plus tard.

 

J'ai appris par moi-même les techniques, en commençant par un appareil photo 8x10 et des tirages par contact, y compris de nombreux procédés non argentiques du XIXe siècle. Au fur et à mesure que mon sujet passait du paysage à l'humain, les caméras sont devenues plus petites et la quantité de négatifs a augmenté, s'élevant maintenant à 40 000. La grande majorité de mes sujets sont des femmes nues, des amies intimes avec lesquelles je travaille en isolement depuis de nombreuses années. Je crois qu'il y a de la vérité dans la nudité.

                          

La photographie est pour moi une pratique coûteuse, longue et éprouvante sur le plan émotionnel. En travaillant comme ingénieur de recherche dans des laboratoires pendant 39 ans, j'ai pu subventionner ma photographie. Mes deux vocations ont mené à des semaines de travail de 60 à 70 heures. Parmi les fardeaux émotionnels, il y avait la solitude de la chambre noire, l’isolement social et dans mon cas, la perte de deux mariages. C'est une passion implacable et incontrôlable que de créer un monde personnel imaginaire et hermétique.

 

De 1974 à 2009, j'ai pratiqué la photographie dans la plus grande pureté de la technique traditionnelle : papier à base de fibres, traitement archivistique et tonification au sélénium. Puis le destin est intervenu. Ma nouvelle épouse depuis quelques mois, Ingrid Jenkner, a reçu un diagnostic de cancer avancé. Curieusement, elle m'a demandé de documenter son traitement qui a duré dix mois.  J'ai tenu un journal quotidien et photographié partout, y compris les 65 voyages à l'hôpital. J'ai produit 92 négatifs exploitables. Ils étaient trop brutaux pour mes anciennes techniques. Pour adoucir mais non masquer leur impact, j'ai décidé d'appliquer de la peinture à l'huile sur les tirages. Comme je n'avais pas de formation de peintre, j'ai appris en peignant 920 gravures au format carte postale. Il en a résulté une publication, Excision, un livre qui rassemble 48 cartes postales peintes et des écrits personnels. Il a fallu quatre ans pour y parvenir. Par la suite, j'ai commencé à produire des photographies peintes en grandeur réelle, en utilisant des négatifs sélectionnés de mes archives.

 

Mon travail n'a jamais été présenté commercialement jusqu'à présent. Le Musée des beaux-arts du Canada possède 204 de mes tirages et le Musée des beaux-arts de Montréal, 161. Parmi les expositions remarquables, mentionnons celles des musées du Québec et du nord de l'Europe.

My life story is inseparable from the history of my photographic practice.

 

As with all “Children of Violence” (Doris Lessing), the effect of WWII and its aftermath never faded.  Photography was an early and permanent fascination, from a boyhood darkroom in the attic, to a teenage darkroom in the preserve closet, to a sophisticated Halifax darkroom established in 1974 and still in full operation 45 years later.

 

George Steeves, mars 2019.

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I taught myself the techniques, starting with an 8x10 view camera and contact prints, including  many 19th-century non-silver processes.  As my subject matter evolved from landscape to humankind the cameras became smaller and the quantity of negatives increased, now standing at 40,000.  The vast majority of my subjects are nude women, personal friends with whom I have worked in isolation for many years. I believe there is truth in nudity.

                          

Photography is for me an expensive, time-consuming, and emotionally taxing practice. By working as a research engineer in labs for 39 years, I was able to subsidize my photography.  My two callings led to 60-to-70-hour work weeks.  Among the emotional burdens were darkroom loneliness, social scarcity, and in my case the loss of two marriages.  It is an unrelenting and ungovernable passion to create an imaginary and hermetic personal world.

 

From 1974 to 2009 I practised photography with the utmost purity of traditional technique: fibre-based paper, archival processing, and selenium toning.  Then fate intervened.  My new wife of a few months, Ingrid Jenkner, was diagnosed with advanced cancer.  Strangely she asked me to document her treatment which lasted ten months.  I kept a daily diary and photographed everywhere including the 65 trips to the hospital.  I produced 92 workable negatives.  They were too brutal for my old techniques.  To soften but not mask their impact I decided I decided to apply oil paint to the prints.  I had no training as a painter so I taught myself by painting 920 postcard-sized prints.  The result was a book, “Excision,” composed of the diary entries and 48 of the painted postcards.  This took four years to complete. After that I began to produce full-sized painted photographs, using negatives selected from my archive.

 

My work has never been presented commercially until now.  The National Gallery of Canada owns 204 of my prints and the Montreal Museum of Fine Arts 161. Notable exhibitions include those at museums in Quebec and northern Europe.

George Steeves, March 2019